
Le ftour : la rupture du jeûne
pendant le Ramadan
Le ftour est le repas qui rompt le jeûne au coucher du soleil pendant le Ramadan. Au Maroc, c'est un rituel autant qu'un festin : des dattes, une harira fumante, des chebakia au miel, et toute une famille réunie dès l'appel du muezzin. Voici ce que l'on mange, comment le repas se déroule et où en vivre l'ambiance à Marrakech.
L'essentiel : le ftour (aussi appelé iftar) se prend au coucher du soleil, à l'heure de la prière du soir. On rompt le jeûne avec des dattes puis de la harira. L'horaire change chaque jour selon la saison, de 18 h en hiver à 20 h en été environ à Marrakech.
Qu'est-ce que le ftour ?
Le ftour désigne le repas qui met fin au jeûne quotidien du Ramadan, pris au coucher du soleil. Le mot vient de l'arabe et signifie littéralement « rompre le jeûne ». On l'écrit aussi f'tour ou ftar, et dans le reste du monde musulman on parle plutôt d'iftar. Au Maroc, c'est bien le terme ftour qui s'impose dans la vie de tous les jours.
Après une journée entière sans manger ni boire, la rupture du jeûne est le premier repas depuis l'aube. Elle a lieu à l'instant précis où le soleil disparaît, quand les mosquées lancent l'appel à la prière du Maghreb. Au-delà de l'assiette, le ftour reste avant tout un moment de partage, où l'on se retrouve en famille ou entre voisins, où l'on invite, où l'on donne. Pendant tout le mois, les rues des villes marocaines se vident dans les minutes qui précèdent la rupture, puis s'animent à nouveau une fois la harira avalée.
Les plats du ftour
La table de ftour marocaine suit une logique simple : d'abord de quoi se réhydrater et faire remonter le sucre dans le sang, ensuite de quoi se nourrir vraiment. Voici les incontournables que l'on retrouve d'une maison à l'autre, avec leur rôle dans le repas.
| Plat | Rôle | En bref |
|---|---|---|
| Dattes | La toute première bouchée | On rompt le jeûne avec un nombre impair de dattes, souvent accompagnées d'un verre de lait. |
| Harira | La soupe reine | Soupe de tomate, pois chiches, lentilles et coriandre, servie brûlante dès la rupture. |
| Chebakia | La douceur au miel | Fleur de pâte frite, enrobée de miel et de graines de sésame, indissociable du Ramadan. |
| Msemen et batbout | Le pain du soir | Crêpes feuilletées et petits pains moelleux pour saucer la harira et le miel. |
| Œufs durs | Le compagnon de la harira | Souvent posés sur la table avec du sel et du cumin, à tremper dans la soupe. |
| Briouates et sellou | Les extras de fête | Feuilletés salés ou sucrés et pâte d'amande grillée, quand la table se fait généreuse. |
| Jus et lait | La réhydratation | Jus d'avocat, d'orange ou de dattes, et lait pour couper la soif d'une longue journée. |
La harira, reine de la table
Impossible de parler de ftour sans la harira. Cette soupe épaisse à base de tomate, de pois chiches, de lentilles, de vermicelles et d'un bouquet de coriandre et de persil est le cœur du repas. On la sert brûlante, relevée d'un filet de jus de citron, dès que les dattes sont avalées. Chaque famille a sa recette, plus ou moins tomatée, plus ou moins relevée, et beaucoup de Marocains vous diront que celle de leur mère reste la meilleure. Nourrissante et réconfortante, elle remet d'aplomb après une longue journée de jeûne.

Les dattes et le lait, la rupture rituelle
La toute première bouchée du ftour, c'est presque toujours une datte, accompagnée d'un verre de lait ou d'eau. Le geste suit la tradition prophétique et a aussi une logique physiologique : le sucre naturel de la datte redonne un coup d'énergie immédiat au corps affaibli par le jeûne. On en mange souvent un nombre impair, trois le plus souvent. Sur les marchés de Marrakech, les étals de dattes se couvrent de variétés à l'approche du Ramadan, de la Medjool charnue à la Boufeggous plus sèche.
La chebakia et les douceurs au miel
Côté sucré, la star du ftour marocain est la chebakia : une fleur de pâte torsadée, frite puis plongée dans le miel et roulée dans les graines de sésame. Croustillante, parfumée à l'anis et à la fleur d'oranger, elle se prépare par grandes quantités avant le Ramadan et accompagne la harira sur presque toutes les tables. À ses côtés, on trouve le sellou (une pâte de farine grillée, d'amandes et de miel), les briouates au miel et parfois des cornes de gazelle. Ces douceurs apportent le sucre dont le corps a besoin après la journée.

Le déroulement du repas et les horaires
Le ftour obéit à un rythme presque immuable. Dans les minutes qui précèdent le coucher du soleil, la table est déjà dressée et la famille prend place. Quand l'appel à la prière du Maghreb retentit, on rompt le jeûne d'une gorgée d'eau ou de lait et d'une datte. Beaucoup enchaînent aussitôt avec un bol de harira, puis marquent une pause pour aller faire la prière du soir avant de revenir vers les plats plus consistants.

L'horaire du ftour n'est jamais fixe : il suit le coucher du soleil, donc il recule ou avance de quelques minutes chaque jour et dépend surtout de la saison. Comme le Ramadan se décale d'environ onze jours chaque année, l'heure de la rupture varie fortement d'une année à l'autre. Quand le mois tombe enhiver, on rompt le jeûne assez tôt, vers 18 h à Marrakech ; quand il tombe en été, il faut patienter jusqu'à 19 h 30, voire 20 h. Le prochain Ramadan devrait débuter autour du 9 février 2027, la date exacte étant confirmée par l'observation de la lune.
Pour connaître l'heure exacte du ftour un jour donné, fiez-vous à l'appel des mosquées, aux calendriers du Ramadan affichés partout au Maroc ou aux applications qui donnent l'heure du Maghreb pour votre ville. À Marrakech, tout le monde connaît l'horaire du soir : il suffit de demander.
Le ftour à Marrakech
À Marrakech, le ftour transforme la ville. En fin d'après-midi, les souks s'activent une dernière fois, on achète le pain, la chebakia et les dernières dattes dans les souks, puis, à l'approche du coucher du soleil, la médina se fige. La place Jemaa el-Fna, si animée d'habitude, se vide de ses passants au moment de la rupture avant de renaître une heure plus tard, quand la ville sort dîner, se promener et veiller tard dans une ambiance de fête nocturne.
Pour un visiteur, vivre un ftour est l'une des plus belles façons de sentir le pouls de la ville. De nombreux riads, hôtels et restaurants proposent pendant le Ramadan des menus ftour, en buffet ou en formule, autour de la harira, des dattes, des msemen et des pâtisseries au miel. Certaines maisons d'hôtes organisent aussi la rupture du jeûne sur leur terrasse, avec vue sur les toits de la médina et l'Atlas au loin. Réservez à l'avance : les meilleures tables se remplissent juste avant le coucher du soleil.
Vivre un ftour ou un dîner marocain à Marrakech
Dîners traditionnels, cours de cuisine et expériences gourmandes à réserver pour goûter la cuisine marocaine, pendant le Ramadan comme le reste de l'année.
Conseils pour un visiteur non-jeûneur
Voyager à Marrakech pendant le Ramadan n'a rien de compliqué, à condition de connaître quelques usages. Vous n'êtes pas obligé de jeûner, mais un peu de discrétion est appréciée : on évite de manger, boire ou fumer ostensiblement dans la rue en pleine journée, par respect pour ceux qui jeûnent.
- Se restaurer en journée : dans une ville touristique comme Marrakech, beaucoup de cafés et restaurants du centre et de Guéliz restent ouverts pour les visiteurs. Les hôtels servent normalement.
- Si l'on vous invite : accepter un ftour dans une famille est un honneur. Apportez des dattes ou des pâtisseries, et attendez le signal de la rupture avant de vous servir.
- Le bon moment pour visiter : les monuments et souks tournent au ralenti en fin d'après-midi. Visitez le matin, et gardez la soirée pour profiter de la ville qui revit après le ftour.
- Souhaiter le ftour : un « Saha ftourkoum » ou un « Ramadan Karim » lancé avec le sourire est toujours bien reçu.
Le ftour n'est qu'une facette de la culture locale. Pour aller plus loin, explorez notre art de vivre à Marrakech : gastronomie, hammams, jardins et traditions qui rythment la vie de la ville rouge.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le ftour exactement ?+
Le ftour est le repas qui rompt le jeûne au coucher du soleil pendant le mois du Ramadan. Après une journée entière sans manger ni boire, les familles se retrouvent autour de la table dès que le muezzin lance l'appel à la prière du soir. C'est le premier repas de la journée pour les jeûneurs, et l'un des moments les plus attendus du Ramadan, à la fois nourricier et profondément convivial.
Avec quoi rompt-on le jeûne au ftour ?+
La tradition veut que l'on rompe le jeûne avec des dattes et un verre de lait ou d'eau, en suivant l'exemple du Prophète. Vient ensuite la harira, la soupe emblématique du Ramadan marocain, à base de tomate, de pois chiches et de lentilles. Dattes puis harira forment le duo de base, que l'on complète ensuite de chebakia, d'œufs durs, de msemen et de jus de fruits selon les familles.
Quelle est l'heure du ftour au Maroc ?+
Le ftour se prend précisément au coucher du soleil, à l'heure de la prière du Maghreb. L'horaire change donc chaque jour et surtout selon la saison : quand le Ramadan tombe en hiver, la rupture a lieu vers 18 h à Marrakech, contre 19 h 30 ou 20 h lorsqu'il tombe en été. On se fie à l'appel des mosquées, aux calendriers du Ramadan et aux applications qui donnent l'heure exacte pour chaque ville.
Peut-on aller au restaurant pour le ftour à Marrakech ?+
Oui. Pendant le Ramadan, de nombreux riads, hôtels et restaurants de Marrakech proposent des menus ftour, souvent servis en buffet ou en formule autour de la harira, des dattes et des pâtisseries. C'est une belle façon pour un visiteur de vivre l'ambiance de la rupture du jeûne. Réservez à l'avance, car les tables partent vite juste avant le coucher du soleil.
Comment écrit-on ftour ?+
On rencontre plusieurs graphies : ftour, f'tour ou ftar. Le mot vient de l'arabe et désigne littéralement le fait de rompre le jeûne. Dans le reste du monde musulman, ce même repas est le plus souvent appelé iftar. Au Maroc, c'est le terme ftour qui domine dans le langage courant.
Comment souhaiter un bon ftour en arabe ?+
On dit couramment « ftour saïd », qui signifie bon ftour, ou « Ramadan Mubarak » et « Ramadan Karim » pour souhaiter un bon mois de Ramadan de façon plus large. Au Maroc, un simple « Saha ftourkoum », que l'on peut traduire par bon appétit et santé pour votre rupture du jeûne, fait toujours plaisir à une tablée.